Les principaux paradigmes de la conscience

Disclaimer: cette liste est bien entendue aussi inexhaustive que sujette à controverse. Tous vos retours sont les bienvenus!
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Global Neuronal Workspace

Postulat de base
L’accessibilité cognitive globale est nécessaire et suffisante à la conscience

Bases cérébrales de la conscience
Un réseau neuronal dynamique formé de neurones pouvant établir des connections longue distance à l’échelle cérébrale, permettant le partage d’informations entre modules neuronaux différents , avec un rôle organisateur central des aires associatives pariétales et du cortex préfrontal

Position vis à vis du rapport
Le rapport est synonyme de conscience dans ce modèle: une information non rapportée par le sujet à lui-même est par définition inconsciente

Position philosophique
Monisme matérialiste réductionniste fonctionnaliste

Principaux défenseurs
Bernard Baars, puis Stanislas Dehaene, Lionel Naccache, Jean-Pierre Changeux.

Brève description
Ce modèle a été proposé initialement par Bernard Baars (1989), puis modifié par Stanislas Dehaene, Jean-Pierre Changeux, Lionel Naccache et leurs collaborateurs (1-3). Il propose que la plupart des informations sont traitées par le cerveau de manière inconsciente, au sein de circuits neuronaux modulaires indépendants. Une information n’accéderait à la conscience que lorsqu’elle deviendrait globalement accessible à l’ensemble des modules neuronaux, pour différents types de traitements cognitifs. C’est cette accessibilité cognitive globale de l’information - ou embrasement cognitif - qui serait à l’origine de l’émergence de l’expérience subjective liée à celle-ci. Sur le plan neuronal, l’accessibilité globale de l’information dépendrait d’un réseau dynamique constitué de neurones établissant des connexions longue distance entre des aires corticales différentes, avec deux hubs majeurs: les aires associatives pariétales et le cortex préfrontal.

Recurrent Processing Theory

Postulat de base
L’activité récurrente locale au niveau des aires sensorielles est nécessaire et suffisante à l’émergence d’une conscience perceptuelle, phénoménologique (“P-consciousness”).

Bases cérébrales de la conscience
L’activité récurrente au niveau des aires sensorielles primaires, permettant la formation d’un percept intégré, unique et cohérent.

Position vis à vis du rapport
Le rapport est associé à la capacité de manipulation cognitive de l’information (conscience d’accès ou “A-consciousness” ), et non pas à l’expérience subjective en elle-même (“P-consciousness”). Une information peut être consciente sans être rapportée ou rapportable.

Position philosophique
Monisme matérialiste fonctionnaliste, mais pouvant correspondre aussi à un dualisme de propriété selon certaines interprétations

Principaux défenseurs
Victor Lamme

Brève description
Cette théorie a été initialement proposée par Victor Lamme (2006, 2010). Elle défend l’idée que trois phases d’activité cérébrale peuvent être identifiées en réponse à un stimulus: une première phase, précoce dans le temps, de propagation “feedforward” de l’information, depuis les aires sensorielles primaires, vers des régions sensorielles de plus haut niveau, et enfin vers les régions motrices et préfrontales; une deuxième phase d’activité récurrente “locale” au niveau des régions sensorielles ; et enfin une troisième phase d’activité récurrente “globale”, mettant en jeu notamment les régions préfronto-pariétales. Selon ce modèle, l’activité récurrente locale au niveau des aires sensorielles, lors de la deuxième phase d’activation, est nécessaire et suffisante à l’émergence d’une conscience perceptuelle ou phénoménologique, correspondant au vécu subjectif du stimulus en question. La phase d’activation récurrente globale, quant à elle, serait liée à l’apparition d’une conscience d’accès, permettant la manipulation cognitive de l’information, et notamment le rapport de celle-ci.

Higher-Order Theory

Postulat de base
Une représentation devient consciente lorsqu’elle devient l’object d’une représentation de deuxième ordre ou ordre supérieur, de nature métacognitive, où le sujet de représente lui-même en train d’expérimenter la représentation de premier ordre.

Bases cérébrales de la conscience
Le cortex préfrontal

Position vis à vis du rapport
La conscience est par nature métacognitive et nécessite donc d’un rapport.

Position philosophique
Monisme matérialiste réductionniste fonctionnaliste

Principaux défenseurs
Rosenthal

Brève description
Cette théorie, défendue notamment par Rosenthal (2002) défend l’idée qu’une représentation mentale n’est consciente que lorsque le sujet qui la soutient se représente lui-même ayant cette représentation de premier ordre. En d’autres mots, la représentation de premier ordre nécessite une représentation de deuxième ordre, de nature métacognitive, pour devenir consciente. Sur le plan neuronal, le cortex préfrontal est vu comme la structure permettant l’émergence des représentations de deuxième ordre (ordre supérieur), et donc la conscience. Pour certains défenseurs de cette théorie, le cortex préfrontal serait non seulement nécessaire, mais peut être suffisant à la conscience.

Integrated Information Theory (IIT)

Postulat de base
La conscience est une propriété intrinsèque, fondamentale de tout système physique, déterminée par les propriétés causales de ce système.

Bases cérébrales de la conscience
Toute expérience consciente possible respecte certains axiomes (existence intrinsèque, structure, information (spécificité et différenciation de l’expérience), intégration (unité de l’expérience) et exclusion d’autres expériences. Dans l’IIT, tout système physique dont la structure causale suit ces mêmes règles (qui, dans le cas du système physique sont appelés postulats) peut soutenir une conscience.

Position philosophique
Dualisme de propriété ou moniste neutre

Principaux défenseurs
Giulio Tononi, Christof Koch, Mélanie Boly

Brève description
Cette théorie a été initialement proposée par Giulio Tononi et Christof Koch. Dans une approche cartésienne, elle considère que le fait que l’expérience consciente existe est la seule certitude dont on dispose. Elle propose donc de partir de l’analyse des propriétés fondamentales d’une expérience consciente (dénommées axiomes) pour aboutir aux propriétés qu’un système physique doit respecter pour pouvoir être conscient (appelées postulats). Dans l’IIT, la conscience est vue comme une propriété (potentielle) fondamentale et intrinsèque de tout système physique, dont le degré de complexité et les propriétés qualitatives phénoménologiques dépendent de la structure causale du système. En d’autres termes, l’IIT se base sur l’identité suivante: la structure conceptuelle déterminée par un ensemble d’éléments dans un état défini est identique à l’expérience (phénoménologique) de cet ensemble d’éléments. Au niveau cérébral, l’IIT affirme pouvoir expliquer avec son formalisme certaines données frappantes dont, par exemple, le fait que le cortex cérébral puisse faire émerger une conscience alors que le cervelet, ayant quatre fois plus de neurones, ne puisse pas le faire.

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